La plus importante action collective jamais intentée en Allemagne contre un service de streaming a échoué, du moins pour l'instant. Le 17 juillet 2026, le Tribunal de grande instance de Bavière (BayObLG) a débouté Amazon de sa plainte collective concernant l'introduction de publicités sur Prime Video. Près de 330 000 abonnés s'étaient joints à cette action dans l'espoir d'obtenir réparation après qu'Amazon a commencé à interrompre les films et les séries par des publicités en février 2024. Les juges ont conclu qu'Amazon n'avait jamais promis un service sans publicité. L'association de consommateurs à l'origine de la plainte a immédiatement annoncé son intention de porter l'affaire devant la Cour de cassation.
Ce que la Cour bavaroise a décidé
Il s'agissait d'une action collective (Verbandsklage), par laquelle une association de consommateurs poursuit une entreprise au nom de consommateurs inscrits. La Verbraucherzentrale Sachsen, centre de conseils aux consommateurs du Land de Saxe, a intenté cette action en 2024 sous le numéro 102 VKl 1/24 e. Son principal argument : Amazon a rompu ses contrats avec les abonnés Prime existants en faisant passer Prime Video à un modèle financé par la publicité et en facturant un supplément de 2.99 euros par mois pour un visionnage sans publicité.
Le tribunal a interprété les choses différemment. Selon le communiqué de presse de BayObLG, les conditions générales d'abonnement à Prime ne contiennent aucune garantie que Prime Video resterait exempt de publicité, et l'association de consommateurs n'a pas pu prouver qu'Amazon avait présenté le service comme étant définitivement sans publicité. Sur cette base, les juges ont statué que l'introduction de publicités était couverte par le contrat existant et ont rejeté intégralement la demande de dommages et intérêts.
Pourquoi les juges ont autorisé les publicités sur Prime Video
L'ampleur de l'affaire témoigne de la colère suscitée par ce changement. Selon le site spécialisé mobiflip, 329 903 abonnés Prime ont déposé une réclamation auprès du registre officiel, ce qui en fait l'une des plus importantes actions collectives depuis l'introduction de ce type de recours en Allemagne en 2023. Le portail d'information t-online rapporte que de nombreux participants espéraient un remboursement partiel de leur abonnement ou du supplément mensuel pour la version sans publicité.
Pour la Cour, la question décisive était toutefois précise : Amazon avait-elle jamais garanti contractuellement un streaming sans publicité ? Les juges ont répondu par la négative. Comme l’a souligné le magazine spécialisé GameStar dans son analyse du jugement, Prime Video était vendu dans le cadre de l’abonnement Prime, et les documents d’abonnement ne contenaient jamais la mention « sans publicité » comme engagement contractuel. La frustration, à elle seule, semble-t-il, ne constitue pas un fondement juridique.
L'affaire est portée devant la plus haute juridiction allemande.
L'arrêt ne marque pas la fin de l'histoire. L'association BayObLG a explicitement autorisé un recours en révision, c'est-à-dire un appel sur des points de droit, devant la Cour fédérale de justice allemande (BGH). La Verbraucherzentrale Sachsen a confirmé quelques heures plus tard qu'elle exercerait ce recours. « Nous allons de l'avant avec détermination », a déclaré Michael Hummel, président du conseil d'administration de l'association, dans un communiqué de presse. L'association de consommateurs soutient que si le jugement est maintenu, le dispositif d'action collective sera considérablement affaibli.

La décision de la Cour fédérale de justice de Saxe (BGH) prendra du temps, probablement un an ou plus. D'ici là, les demandes des participants inscrits restent au cœur de la procédure. La Verbraucherzentrale Sachsen (Autorité suédoise de régulation des consommateurs) tient à jour une FAQ à l'intention des participants et a indiqué qu'elle les informerait des prochaines étapes. Les consommateurs inscrits ne reçoivent aucun remboursement pour le moment, mais leurs droits ne sont pas encore définitivement perdus.
Publicités Prime Video : à quoi les abonnés peuvent-ils s’attendre ?
Pour l'instant, rien ne change à l'écran. Les publicités Prime Video restent incluses dans l'abonnement standard en Allemagne, et ceux qui souhaitent regarder des vidéos sans interruption doivent toujours payer le supplément mensuel de 2.99 euros en plus du prix habituel de Prime. Cette décision de justice signifie qu'Amazon n'est soumis à aucune obligation légale de supprimer les publicités ni de rembourser les paiements déjà effectués.
Les abonnés qui jugent les publicités inacceptables disposent des options habituelles : passer à un abonnement inférieur, résilier ou changer de fournisseur. La législation allemande accorde aux consommateurs des droits de résiliation relativement étendus pour les abonnements en ligne, notamment grâce à un bouton de résiliation obligatoire sur les sites web. Notre guide… lois sur la protection des consommateurs en Allemagne explique ces règles et où obtenir de l'aide en cas de litige avec une entreprise.
Quelles conséquences pour les expatriés en Allemagne ?
Si vous faites partie des centaines de milliers de personnes inscrites à l'action collective, vous n'avez rien à faire pour le moment. L'inscription est gratuite et l'affaire est toujours en cours devant la Cour fédérale de justice de Saxe (BGH). Consultez régulièrement le site web de la Verbraucherzentrale Sachsen pour les mises à jour et méfiez-vous des services tiers qui proposent de faire valoir des droits en matière de streaming en échange d'une part des indemnités perçues.
La leçon principale concerne l'évolution des services par abonnement. Les tribunaux allemands ne considèrent pas systématiquement toute dégradation d'un service comme une rupture de contrat ; seuls les engagements écrits du fournisseur sont pris en compte. Avant de souscrire à un service numérique de longue durée, il est essentiel de vérifier les garanties contractuelles, et non les promesses publicitaires. La Cour fédérale de justice allemande (BGH) aura désormais le dernier mot quant à la légalité de la politique d'Amazon concernant les publicités sur Prime Video.
