En Allemagne, les horaires de travail vont être révisés

by NousLiveInDE
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La durée du travail en Allemagne est devenue le centre d'un débat politique houleux. Des responsables politiques de premier plan mettent en garde contre la diminution de l'offre de main-d'œuvre et la hausse des coûts des retraites, qui menacent la résilience économique du pays. Alors que l'emploi hebdomadaire moyen s'élève à seulement 34.8 heures – bien en deçà de la moyenne européenne –, la forte hausse du temps partiel, le vieillissement de la population et les départs anticipés à la retraite obligent Berlin à envisager des réformes radicales.

Appels à davantage de temps de travail

Le chancelier Friedrich Merz a donné le ton au printemps, déclarant lors de la conférence de son parti que « nous devons travailler plus et plus efficacement ». Peu après, la ministre de l'Économie, Katherina Reiche, a évoqué l'idée de relever l'âge légal de la retraite à 70 ans si la crise démographique s'aggrave. Elle insiste sur le fait que des carrières plus longues allégeraient la pression sur les finances publiques, mais ses propres chrétiens-démocrates ont critiqué cette déclaration, la jugeant incohérente, soulignant la forte proportion d'emplois à temps partiel en Allemagne.

Les données officielles soulignent cette inquiétude. Les données d'Eurostat montrent que les heures de travail en Allemagne accusent un retard de 2.3 heures par semaine par rapport à celles de l'UE, même si le taux de participation à l'emploi global est parmi les plus élevés du bloc. Les conseillers politiques affirment désormais que persuader des millions de salariés à temps partiel d'allonger leurs horaires pourrait générer davantage de main-d'œuvre qu'un relèvement général de l'âge de la retraite.

Culture du temps partiel contre objectifs allemands en matière d'heures de travail

Environ un emploi sur trois est à temps partiel, un ratio dépassé uniquement aux Pays-Bas, en Autriche et en Suisse. Les trois quarts de ces contrats à temps réduit sont occupés par des femmes, dont beaucoup concilient travail rémunéré et soins non rémunérés. La ministre du Travail, Bärbel Bas, rappelle aux critiques que ces travailleurs sont loin d'être des « peu performants » ; ce sont des parents et des aidants dont la contribution sociale reste sous-estimée.

Les chercheurs de la Fondation Hans-Böckler ajoutent que les mesures incitatives de longue date, telles que le partage des tâches entre conjoints et les seuils de mini-emploi, enferment les couples dans un modèle où l'homme travaille à temps plein et la femme réduit ses activités. La rareté des places de garde d'enfants renforce ce modèle. La coalition prévoit d'adapter les primes de congé parental afin que les pères puissent passer du temps seuls à la maison, et de tester des primes d'entreprise, subventionnées par l'État, pour les mères reprenant un emploi à temps plein.

Controverse sur l'âge de la retraite

En Allemagne, l'âge légal de la retraite est déjà en passe d'atteindre 67 ans d'ici 2031. Pourtant, Reiche estime que cet âge pourrait être insuffisant une fois que la nombreuse cohorte née dans les années 1960 aura pris sa retraite. Cette proposition touche une corde sensible : les chiffres de l'OCDE montrent que les hommes allemands quittent effectivement le marché du travail à 63.7 ans en moyenne, et les femmes à 63.4 ans, souvent par des voies de sortie anticipée coûteuses. Les critiques rétorquent que les comparaisons internationales sont hétérogènes : certains pays incitent les seniors à rester sur le marché du travail grâce à des régimes flexibles, tandis que d'autres tolèrent des retraites anticipées généralisées.

Les partis d'opposition soulignent qu'avant de discuter de la « Rente 70 », Berlin devrait d'abord exploiter la capacité de travail inexploitée des femmes en milieu de carrière et des salariés plus âgés désireux d'allonger leurs horaires dans de meilleures conditions. Les syndicats, quant à eux, mettent en garde contre les augmentations d'âge généralisées qui pénalisent les ouvriers dont le corps se détériore bien avant que les employés administratifs n'envisagent la retraite.

Les salaires des personnes âgées augmentent, mais les heures de travail sont à la traîne

Les infirmières et les aides-soignantes illustrent bien ce dilemme. Le salaire mensuel médian des professionnels de la gériatrie en Rhénanie-Palatinat a dépassé les 4,000 2024 € en XNUMX, dépassant pour la première fois la moyenne nationale des salariés. Malgré des salaires records, le temps partiel reste prédominant dans le secteur, car les horaires rigides, le manque de personnel et l'insuffisance des services de garde d'enfants ne laissent à de nombreux aides-soignants d'autre choix que de réduire leurs heures de travail en Allemagne.

Markus Mai, président de la Chambre des infirmières de l'État, salue cette avancée salariale, mais prévient que le salaire seul ne peut pas combler les déficits de personnel. Des horaires flexibles, des charges de travail plus légères et des créneaux de garde fiables sont nécessaires pour transformer les contrats à horaires réduits actuels en postes à temps plein dont les hôpitaux et les maisons de retraite ont désespérément besoin.

Options politiques à l'étude

Les groupes de réflexion proches des employeurs saluent les primes à temps plein non imposables, mais doutent de leur adoption généralisée sans réformes parallèles modernisant le code du travail, développant les services de garde d'enfants et réduisant les pièges du revenu marginal. Ricarda Lang, co-leader du Parti vert, souligne l'importance d'un partage équitable des tâches familiales ; si les deux partenaires se contentent d'augmenter leur temps de travail à quarante heures, les tâches ménagères non rémunérées continueront de revenir aux femmes.

La pénurie de main-d'œuvre qui se profile pourrait accélérer le changement. L'Office fédéral allemand de la statistique prévoit que la population en âge de travailler pourrait diminuer de sept millions d'ici 2045. Les fédérations patronales craignent un ralentissement de la croissance si Berlin ne parvient pas à allonger collectivement les horaires de travail en Allemagne, grâce à un développement des services de garde d'enfants, un départ à la retraite plus tardif pour ceux qui le peuvent et des modèles de temps partiel plus intelligents pour ceux qui ne le peuvent pas.

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